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Lékoumou: Le temps de l’aménagement des forêts

Approbation, validation, …. Dans la Lékoumou, entreprises et  administration sont désormais vent debout pour l’aménagement des unités forestières. Une grande première dans ce département où l’exploitation a souvent précédé l’aménagement.

Souriant, jovial, décontracté,… Un Fabrice Kimpoutou visiblement satisfait. Tant, « nous avons pu trouver ce que nous étions allés chercher dans le département de la Lékoumou »,  se réjouissait récemment l’assistant à la recherche au sein de la Rencontre pour la paix et les droits de l’homme (RPDH).

Monsieur Edouard TABAKA à gauche discutant avec les membres de la RPDH dont Fabrice KIMPOUTOU au premier plan et Jeiss MIYALOU

En mai dernier, il avait conduit une mission de six jours dans la Lékoumou. Parmi les objectifs poursuivis : « mesurer l’état d’avancement du processus d’aménagement des forêts de ce département », selon Fabrice Kimpoutou.

Cette mission s’inscrit dans le cadre du Programme norvégien pour le climat et la sauvegarde des forêts tropicales (NICFI, Norway’s International Climate and Forest initiative en anglais) que la RPDH exécute avec l’appui technique de son partenaire FERN, une ONG spécialisée dans le suivi de l’implication de l’UE dans les forêts tropicales et grâce au soutien financier de l’Agence norvégienne de développement (NORAD).

Le projet est intitulé « utiliser les politiques européennes pour protéger les droits (des riverains d’exploitation forestière, NDLR) et réduire la déforestation mondiale ». Entamé en décembre dernier, le projet d’une durée de cinq ans vise essentiellement à améliorer la gouvernance forestière au Congo en général et au Kouilou et dans la Lékoumou en particulier.

Dans ces deux départements comme un peu partout au sud du Congo, les forêts ne sont pas aménagées. Ce qui explique en grande partie pourquoi les communautés locales et populations autochtones (CLPA) ou populations riveraines d’exploitation forestière de ces départements ne jouissent pas jusqu’ici de l’exploitation de leurs ressources naturelles en général et forestières en particulier. Cet état de choses est également à la base des rapports conflictuels entre les CLPA et les entreprises.

Mais, à en croire l’administration forestière, les lignes sont en train de bouger dans la Lékoumou. « Aujourd’hui, nous avons deux sociétés dont les plans d’aménagement ont été approuvés. Il s’agit de Taman Industries  qui opère dans l’Unité forestière d’exploitation (UFE) Mpoukou-Ogooué (Cf. décret N° 2018-286 du 18 juillet 2018) et Asia Congo Industries dont les activités sont menées dans l’UFE Bambama, comme le signifie le décret N°2018-287 du 18 juillet 2018 », révélait Édouard Tabaka, chef de service forêts au sein de la Direction départementale de l’économie forestière de la Lékoumou lors des échanges avec la délégation de la RPDH.

La pédagogie d’abord

L’expert explique par ailleurs que d’autres plans d’aménagement sont en cours d’approbation ou de validation. D’autres entreprises n’ont pas encore de plans d’aménagement. En raison de plusieurs difficultés dont les finances, car c’est un processus « très onéreux ».

Toutefois, le défaut de plan d’aménagement expose ainsi à plusieurs sanctions lourdes. « Sauf cas de force majeure signalé à l’administration, le défaut du plan d’aménagement, donne lieu à des sanctions telles que le retour au domaine ou le retrait du contrat. Et l’État change de partenaire », explique Édouard Tabaka.

Mais avant la répression, l’heure est à la pédagogie. « Par rapport à la vision du Ministère à travers des Initiatives à résultats rapides (IRR), nous sommes passons dans des chantiers pour administrer des formations sur l’aménagement, car on a plus besoin de partenaires qui connaissent la loi et la respectent que ceux qui l’ignorent et la violent ».

« En avril dernier, nous avons subi des séances de renforcement des capacités de la part des responsables de la direction départementale de l’économie forestière. Une très bonne initiative, parce qu’elle nous permet de nous perfectionner et d’affirmer et renforcer notre ancrage », reconnaît André Moupila, topographe en service à la base Sicofor du village Mbeteké dans le district de Komono.

Au-delà de ce côté coercitif et pédagogique, le plan d’aménagement est un outil de planification des activités dans le temps et dans l’espace, d’identification du potentiel forestier et faunique, ainsi que le découpage ou la répartition en différentes zones destinées à des usages bien définis.  Il se veut donc un outil de gestion rationnelle et durable d’un espace boisé.

Les membres de la RPDH discutant avec un agent de la société SICOFOR

Une grande première dans la Lékoumou

Le plan d’aménagement a donc plusieurs avantages. Il confère une certaine crédibilité à une société au niveau international. « Quand le bois est issu d’une forêt aménagée, il coûte deux fois plus cher que celui qui est sorti d’une forêt non aménagée. En outre aménagement des forêts rime bien avec exploitation durable des forêts », selon Jean Augustin Kokolo, chef d’exploitation à la société Sipam et représentant du ministère au sein de la société Sipam afin d’aider celle-ci à « travailler dans la légalité ».

En spécifiant par exemple les séries de développement communautaire (zones réservées aux activités agricoles des communautés), le plan d’aménagement est un outil qui empêche l’intrusion des sociétés dans ces zones. Ce qui a l’avantage d’anticiper d’éventuels conflits entre CLPA et sociétés.

Pour l’administration congolaise qui veut se conformer à des mécanismes et instruments internationaux tels que les APV/FLEGT et l’initiative pour les forêts d’Afrique centrale (CAFI), l’aménagement fait partie des baromètres de mise en œuvre des outils tels que la Contribution déterminée nationale (CDN). Laquelle CDN est un mécanisme permettant de déterminer et énumérer les politiques d’un pays dans l’amélioration de sa  gouvernance climatique et forestière.

Longtemps victime d’une gouvernance forestière illégale et inégale, due en grande partie à l’absence des plans d’aménagement des forêts, le département de la Lékoumou devrait bientôt vivre pour la première fois les avantages que procure l’aménagement des forêts.

John Ndinga Ngoma

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