En ce début d’année 2026, l’exportation de grumes de bois au Congo se poursuit malgré la fin officielle des autorisations spéciales délivrées par le gouvernement fin 2025. Les données des douanes chinoises confirment que le bois congolais continue d’être massivement exporté vers la Chine, soulevant des interrogations sur l’efficacité des politiques publiques et le respect des engagements régionaux.
Au sein de la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale), le Congo s’est pourtant engagé à mettre fin au commerce des grumes d’ici le 1er janvier 2028, après plusieurs reports. Cependant, la pression des entreprises forestières et le recours répété à des dérogations risquent de compromettre cet objectif. Selon certains acteurs de la société civile, ces autorisations spéciales tendent à devenir un système durable, contournant la réglementation.
Le secteur du bois, deuxième ressource économique du Congo après le pétrole, ne représente encore qu’un peu plus de 5 % du PIB, révélant un manque de valorisation locale. Cette situation soulève des enjeux majeurs de souveraineté économique, de redistribution des richesses et de développement industriel. Malgré l’abondance des ressources forestières, les retombées économiques pour la population restent limitées.
Pourtant, le potentiel de transformation locale du bois est considérable. Le développement d’une industrie nationale pourrait générer des milliers d’emplois, comme le souligne l’exemple d’artisans locaux confrontés au manque d’équipements modernes. Le concept de “Made in Congo” dans le secteur du bois apparaît ainsi comme une opportunité stratégique pour renforcer l’économie nationale et réduire la dépendance aux importations de produits transformés.
Le modèle du Gabon, qui a interdit l’exportation de grumes dès 2010, illustre les bénéfices d’une telle politique. Après une baisse initiale, les recettes fiscales se sont redressées, la contribution du secteur forestier au PIB a doublé et les emplois ont fortement augmenté entre 2010 et 2022. Cette réussite régionale constitue une source d’inspiration pour le Congo dans sa transition vers une industrie du bois plus durable et créatrice de valeur.
Une enquête menée par Berdy PAMBOU et Laure De Matos. (TV5 Monde)

