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6 avril 2026

Exportation illégale de grumes au Congo : enquête TV5 Monde sur la déforestation et les dérives du secteur forestier

La forêt du bassin du Congo, souvent considérée comme le deuxième poumon du monde, s’étend à perte de vue. Dans le département de la Sangha, au nord-ouest de la République du Congo, elle recouvre près de 70 % du territoire national.

Sapellis, padouks, afrormosias : ces essences précieuses attirent les convoitises. Dans cette région stratégique, une société congolaise à capitaux chinois, la SEFYD, exploite plus d’un million d’hectares, soit une superficie équivalente à celle du Liban.

Sur le terrain, les activités s’enchaînent : des abatteurs coupent les arbres, des cubeurs mesurent les volumes et des marqueurs identifient chaque grume à l’aide de codes. Les grumes – ces troncs d’arbres bruts – sont en principe soumises à des restrictions strictes à l’exportation au Congo.

Une exportation de grumes controversée

En théorie, la loi congolaise limite fortement l’exportation de grumes afin de favoriser la transformation locale du bois. Pourtant, certaines entreprises forestières, comme la SEFYD, continuent d’opérer dans des zones isolées à la frontière du Cameroun.

Une enquête menée par TV5 Monde, réalisée en caméra cachée pour protéger les sources, révèle que de nombreuses grumes sont exportées quotidiennement, notamment vers le Cameroun. Selon un témoignage recueilli :

En 2025, il y a eu beaucoup de grumes à l’exportation. Tous les jours, les grumes partaient.

Malgré l’expiration d’une autorisation spéciale fin 2025, l’exploitation continue. Bien que l’entreprise dispose d’une scierie, celle-ci reste difficilement accessible et peu utilisée.

Faible transformation locale et impact économique

Selon plusieurs sources locales, 85 % du bois exploité est exporté sous forme brute, ce qui limite fortement la création de valeur ajoutée au Congo. Cette situation va à l’encontre du code forestier, qui vise à encourager la transformation sur place.

L’absence de transformation locale a des conséquences directes :

  • peu d’emplois créés pour les populations locales
  • manque de développement industriel
  • dépendance économique accrue

Dans un pays où près de 40 % des jeunes sont au chômage, l’enjeu est majeur.

Soupçons de corruption et manque de transparence

L’enquête met également en lumière des pratiques opaques. Certaines entreprises bénéficieraient de dérogations spéciales accordées par le gouvernement, sans transparence sur les conditions.

Un quota colossal de 648 000 m³ de grumes aurait été attribué à la SEFYD entre 2024 et 2025.

Des témoignages évoquent aussi :

  • des paiements réguliers à des forces de l’ordre
  • des avantages financiers pour certaines autorités
  • une protection du site en échange de rémunérations

Ces éléments soulèvent des questions sur la gouvernance et la régulation du secteur forestier congolais.

Enjeux environnementaux et sociaux

L’exportation massive de grumes pose également un problème environnemental. Transformer le bois localement permettrait :

  • un meilleur contrôle des quotas
  • une traçabilité accrue des essences protégées
  • une réduction des fraudes

À l’inverse, l’exportation brute favorise les dérives et complique les contrôles.

Un modèle alternatif : l’exemple du Gabon

Le reportage souligne qu’un modèle différent est possible. Depuis 2010, le Gabon a interdit l’exportation de grumes. Malgré des débuts difficiles, cette politique a permis :

  • le développement d’une industrie locale du bois
  • la création d’emplois
  • une meilleure valorisation des ressources forestières

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