Deuxième vole de notre enquête sur l’exportation illégale des grumes de bois au Congo.
En ce début d’année 2026, l’activité de la société forestière SEFYD au Congo est ralentie mais reste active. Malgré l’attente de nouveaux quotas d’exportation de bois accordés par les autorités de Brazzaville, l’exploitation forestière et l’exportation de grumes se poursuivent. Ces cargaisons transitent par le Cameroun, notamment jusqu’au port stratégique de Douala, avant d’être expédiées vers la Chine.
La SEFYD emploie environ 400 travailleurs congolais, générant également des emplois indirects dans les zones locales. Cependant, les retombées économiques de l’exploitation du bois au Congo restent limitées pour les populations, avec des infrastructures locales encore précaires (écoles, centres de santé), illustrant un faible impact du secteur forestier sur le développement local.
En théorie, l’exportation de grumes est interdite au Congo depuis l’adoption du code forestier de 2000, qui impose la transformation locale du bois. Cette réglementation a été renforcée en 2020 afin de favoriser la valorisation des ressources forestières sur place. Depuis 2023, les autorités congolaises ont réaffirmé que seules les exportations de produits bois transformés (semi-finis ou finis) sont autorisées.
Toutefois, des dérogations à cette interdiction subsistent. Certaines entreprises forestières, dont la SEFYD, bénéficient d’accords spécifiques conclus avec l’État congolais depuis 2019. Ces conventions permettent l’exportation de bois brut en échange de la construction d’infrastructures publiques telles que des routes ou des ponts.
Selon la ministre de l’Économie forestière, Rosalie Matondo, ces mesures exceptionnelles s’expliquent par le manque de financements publics pour réaliser ces projets. Elle reconnaît néanmoins que ce système de dérogation n’est pas idéal, mais qu’il reste en vigueur tant que les travaux ne sont pas achevés.
Enfin, la question de la transparence demeure centrale : malgré plusieurs demandes, les conventions liant l’État aux entreprises forestières restent difficilement accessibles au public, soulevant des interrogations sur la gouvernance et la gestion des ressources forestières en République du Congo.
Une enquête menée par Berdy PAMBOU et Laure De Matos. (TV5 Monde)
