Dans un contexte où les pays africains cherchent à tirer parti de leurs riches gisements de minerais, comme le cobalt, le lithium et le cuivre, qui joue un rôle essentiel dans la transition énergétique mondiale, la Chine s’est imposée comme l’acteur étranger dominant dans ce domaine. Les entreprises chinoises sont aujourd’hui majoritaires en matière d’investissement, de construction et d’achat dans le secteur des minerais de transition en Afrique.
Pourtant, sur tout le continent, de nombreuses organisations de la société civile (OSC) ont du mal à identifier les parties prenantes chinoises, ainsi qu’à comprendre leur mode de fonctionnement et les normes qu’elles suivent. En raison de ce manque d’informations, il est difficile pour les OSC de les impliquer efficacement pour garantir leur redevabilité concernant les impacts sociaux et environnementaux, ainsi que pour encourager des pratiques minières plus responsables et durables.
Ce rapport a été rédigé pour combler cette lacune. Il offre aux OSC africaines une base solide pour appréhender le monde complexe des investissements chinois dans le secteur minier, en particulier en République démocratique du Congo (RDC), en Zambie, en Guinée, en Afrique du Sud et au Zimbabwe, des pays qui jouent un rôle important dans l’approvisionnement en minerais pour assurer la transition énergétique dans le monde, alimentant les véhicules électriques, les batteries, ainsi que les technologies et industries liées aux énergies renouvelables.
Principaux points à retenir :
- Le paysage des parties prenantes chinoises est pluridimensionnel. Il est composé d’entreprises d’État, d’entreprises privées, de banques, d’autorités de réglementation gouvernementales et d’ambassades locales. Il est essentiel de comprendre leurs rôles pour les mobiliser et influencer leur comportement.
- L’Afrique détient un certain levier. Les gouvernements des pays d’accueil, la société civile et les communautés peuvent influencer les investissements chinois par le biais de lois nationales, de partenariats locaux et de pressions internationales. Les OSC africaines ne sont pas sans pouvoir, surtout lorsqu’elles se coordonnent au-delà des frontières au niveau régional.
- Les OSC peuvent s’appuyer sur les propres règles de la Chine. Ces dernières années, les régulateurs chinois ont adopté des directives obligeant les entreprises à respecter les normes environnementales, à consulter les communautés et à se comporter de manière responsable à l’étranger. Il s’agit notamment des Green Development Guidelines (directives relatives au développement vert) de 2021, des Nine Principles on Belt and Road Cooperation (neuf principes sur la coopération « Belt
and Road »), des ESG Guidelines for Chinese Overseas Investment de 2022 (Directives ESG pour les investissements chinois à l’étranger de 2022), des Guidelines on Responsible Mineral Supply Chains (Directives sur les chaînes d’approvisionnement responsables en minerais) et des China Banking and Insurance Regulatory Commission (CBIRC) Green Finance Guidelines (2022) (Directives sur la finance verte de la Commission chinoise de réglementation des banques et des assurances de 2022). Les OSC africaines peuvent citer ces documents et recommandations lorsqu’elles documentent des préjudices, demandent réparation ou appellent à un meilleur contrôle – notamment lorsqu’elles interagissent avec les ambassades chinoises ou des entités gouvernementales telles que la SASAC.
- Des défis existent. Les projets soutenus par la Chine sont souvent critiqués pour leurs impacts environnementaux, la faiblesse de la protection des travailleurs et le manque de transparence. Ce sont des préoccupations légitimes. Cependant, elles reflètent également des échecs de gouvernance plus profonds au sein des pays africains. Pour y remédier, il faut exercer une pression conjointe sur les autorités chinoises et africaines.
- La société civile peut s’impliquer. Qu’il s’agisse d’écrire aux ambassades chinoises ou à l’administration centrale – par le biais de la section économique des ambassades – ou aux acteurs financiers, de déposer des plaintes en vertu de la législation locale ou de créer des campagnes médiatiques, les OSC disposent de multiples outils pour plaider en faveur de pratiques d’investissement plus justes et plus écologiques.
Ce rapport fournit des informations spécifiques à chaque pays, une cartographie des parties prenantes et des recommandations concrètes pour soutenir les OSC africaines dans cet effort.
