District de Louvakou: Expropriation sans indemnisation, conflits fonciers et pollution des rivières et des sols : Les villages KIBINDOUKA, MBOUMA et MALOLO II abandonnés !

Dans le cadre de la mise en œuvre des  projets « Intégrité dans les initiatives climatiques comme REDD+», financé par l’Agence Française de Développement (AFD), et FGMC 2, financé par le FCDO,  une équipe de la Rencontre pour la Paix et les Droits de l’Homme (RPDH) a séjourné, du 19 au 22 mai 2021 à Dolisie et Louvakou, pour d’une part, consulter les parties prenantes sur les processus Redd+ et la Contribution Déterminée au niveau National (CDN), et d’autre part, suivre et contrôler la mise en œuvre des droits des communautés locales et populations autochtones de la localité.

Cette mission a pu s’entretenir avec les directions départementales de l’Agriculture, de l’Economie forestière, de l’Environnement, des Populations Autochtones, de la Pêche, de l’Elevage, mais aussi avec les Organisations de la Société Civile (OSC) locales et les journalistes sur les outils de la gouvernance forestière et climatique comme REDD+, APV, CAFI, CDN et les mécanismes de partage des bénéfices et de gestion des plaintes.

La consultation a permis aux médias de témoigner  des défis et contraintes affectant leur activité au quotidien, particulièrement dans la collecte des données et des informations liées à la  gouvernance forestière et climatique ; Ce fait concourt à limiter  l’accès à l’information et la participation des médias qui doivent, en principe, contribuer à alimenter le débat public sur ces questions de gouvernance. Par exemple, les médias éprouvent des difficultés pour accéder aux contrats forestiers, qui selon les propos d’un attaché de presse de la préfecture de Dolisie : «La Préfecture a du mal à  accéder  aux contrats des sociétés forestières, et ne peut donc contrôler les illégalités y afférentes ».

A la suite des descentes de terrain dans la localité de Louvakou, la mission a  constaté et révélé  plusieurs illégalités dans les villages Kibindouka, Mbouma et Malolo II, du fait des activités des entreprises mais aussi des conflits entre les  communautés locales  et la Société de riziculture dénommée Agri-Ressources. Cette société a exproprié les paysans de leurs champs depuis 2017 sans suite. Elle a même saccagé leurs bananeraies, après leur avoir fait des promesses d’indemnisation demeurées vaines à ce jour.

De même, l’utilisation des engrais chimiques par cette société Agro-industrielle pollue les  terres et rivières. Ce fait a été confirmé par le chef du Comité du village de MBOUMA qui a témoigné en ces termes : « nos rivières sont polluées, à chaque fois que nous  y allons pour faire la lessive où se laver, nous avons des irritations sur la peau. Nous craignons désormais de souffrir de la cécité dans l’avenir, car les substances utilisées par la société sont très dangereuses».

Ainsi, leurs champs ont été délocalisés. Ils sont obligés de parcourir de longues distances à pied pour aller travailler. La Représentante des femmes rurales du village MBOUMA a même déclaré que depuis l’installation de cette entreprise, « les rivières sont  polluées, alors que les femmes y déposent leurs tubercules de manioc pour fermentation et transformation. Le constat fait est que le manioc a finalement une mauvaise odeur, une mauvaise saveur, et il ne garde plus sa couleur d’origine, il devient noir ou violet ».

Par ailleurs, le Représentant des jeunes leaders communautaire du village KIBINDOUKA a notamment affirmé: « la société Agri-Ressource a saccagé nos plantations, nos vergers, malgré l’approche du dialogue que nous avons voulu instaurer pour mieux s’accorder avec elle en ce qui concerne l’occupation des terres, ils n’ont voulu rien savoir. Nous sommes donc obligés de délocaliser nos champs ».

Il convient de noter, enfin,  que les propriétaires fonciers de  cette partie du pays vendent leurs terres aux sociétés sans même un accord préalable  avec le comité du village et cela au détriment des habitants. Le chef du village n’est pas souvent impliqué lors de la vente des terrains et se trouve parfois surpris par l’arrivée des sociétés ; celles-ci entreprennent d’exproprier les paysans sans les avoir consultés au préalable.

La RPDH lance en conséquence un appel en direction des autorités afin qu’elles se mobilisent et prennent des mesures idoines en termes de solutions face à ces situations prévalant dans le district de Louvakou. Ce contexte est d’autant plus préoccupant que les entreprises incriminées ne respectent pas les nouvelles réformes législatives en matière de gestion des forêts, telles que les réformes apportées par la Loi n°33-2020 du 08 juillet 2020 portant Code Forestier. Elles  doivent nécessairement et urgemment  appliquer et respecter les nouvelles dispositions législatives en vigueur.

Le Gouvernement doit veiller en outre à garantir une participation effective des communautés locales et populations autochtones dans la prise des décisions ayant un impact dans leur vie.

La RPDH à travers son outil, le Centre d’Assistance Juridique et d’Action Citoyenne (CAJAC) a recueilli les cas soumis par les victimes et entend apporter son assistance juridique  et judiciaire pour aider ces communautés locales à obtenir réparation et prévenir les atteintes à leurs droits.

 

Contacts Presse :

Kimpoutou Fabrice, Chercheur, Tél +242 066295210

Jeiss Michelle Miyalou, Assistant CAJAC, +24206981 5503

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