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Déclaration N˚02/2014/RPDH/BE 8 Mars 2014: Journée Internationale de la Femme

Commémoration sur fond de violations continuelles des droits des femmes en République du Congo !

Brazzaville – Pointe Noire, le 08 mars 2014.
La Rencontre pour la Paix et les Droits de l’Homme (RPDH) se joint à l’humanité pour commémorer la 39e Journée Mondiale de la Femme sous le thème : « L’égalité pour les femmes, c’est le progrès pour toutes et tous ». Depuis l’engagement des Nations Unies en faveur des droits des femmes en 1975, une effervescence toute particulière caractérise la journée du 8 mars. Cette journée trouve son fondement dans les mouvements ouvriers  du 20ième siècle en Amérique du Nord et en l’Europe. Depuis, le 8 mars de chaque année permet d’alerter la conscience universelle sur les aspects liés à la condition générale de la femme.

La RPDH se réjouit de la prise de conscience progressive des gouvernements et des institutions internationales, des organisations de la société civile, quant à la nécessité de promouvoir les droits de la femme. S’il ne fait aucun doute que la femme connaît un épanouissement singulier aux plans politique et citoyen ces dernières années, il est néanmoins certain que l’égalité est loin d’être établie dans les faits, en particulier dans les secteurs économique, social, psychologique, culturel et politique.

En dépit du fait que le Congo ait ratifié la Convention des Nations Unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, que les dispositions de la Constitution du 20 Janvier 2002 et du Code de la famille consacrent une relative attention aux droits de la femme, la RPDH constate avec regret que l’égalité entre l’homme et la femme s’agissant de l’accès droits, n’est pas effective : les discriminations sont constantes dans la vie quotidienne, tant dans le milieu professionnel, qu’économique, social ou encore politique. Ce, alors que l’article 3 de la convention suscitée stipule : « les Etats parties prennent dans tous les domaines, notamment dans les domaines politique, social, économique et culturel, toutes les mesures appropriées, y compris des dispositions législatives, pour assurer le plein développement et le progrès des femmes, en vue de leur garantir l’exercice et la jouissance des droits de l’homme et des libertés fondamentales sur la base de l’égalité avec les hommes ».

Au Congo, bien qu’aucune législation ne protège spécifiquement les droits des femmes, cet engagement se manifeste toutefois par la création d’un département ministériel chargé de la promotion et de l’intégration de la femme au développement. Malgré tout, la femme congolaise se trouve en général confinée au statut de « mamelle nourricière ». En effet, les coutumes rétrogrades et préjugés pèsent lourdement sur la conscience de ces dernières, en les maintenant dans un état de soumission éternelle envers les époux, avec la responsabilité de s’occuper seules du ménage, de leurs maris et des enfants. Ces réalités culturelles avilissantes constituent des verrous en termes d’équité et d’égalité entre les deux sexes.

La marginalisation se vit également au plan politique, où les rares femmes désignées à des fonctions de responsabilité ne gèrent pas les domaines stratégiques, en dépit de l’article 3 de la Constitution, qui garantit la participation de la femme à la gestion de la chose publique. Le déséquilibre au niveau gouvernemental par exemple en constitue la preuve évidente : sur 38 ministres, seules 3 sont des femmes. Elles sont peu représentées au niveau des institutions de la République, dont aucune n’en n’assure par ailleurs la présidence.

Au plan social, elles subissent des violences physiques et morales dues à leur statut. Des recherches de l’organisation établissent que neuf femmes sur dix sont l’objet de violences physiques et psychologiques pendant le veuvage au Congo, tandis que deux femmes sur trois sont victimes d’expropriation après le décès du conjoint. Ces pratiques courantes dans la société congolaise soumettent les veuves à des sévices corporels et psychologiques traumatisants, pouvant être qualifiés de traitements inhumains et dégradants.

L’Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S) indique que près d’une femme sur cinq déclare avoir été abusée sexuellement avant l’âge de quinze ans. Plus généralement, une femme sur trois a été violée, battue, ou victime d’une forme ou d’une autre de mauvais traitements au moins une fois dans sa vie à travers le monde. C’est le cas de Flore BARROS à Pointe-Noire, qui a perdu l’usage de ses membres inférieurs suite à des violences infligées à l’aide d’une arme électrique, et qui demeure depuis dans le dénuement complet. De même, la question des violences conjugales et domestiques récurrentes  étayent ces faits, sans pourtant qu’une législation spécifique ne vienne sanctionner ces dérives à l’égard des femmes.

A cela, un autre phénomène se greffe à la situation particulièrement fragilisée de la femme congolaise :  la prostitution. Cette pratique déshumanisante, dont les causes sont à rechercher ente autres dans la misère et le manque d’instruction qui touche une frange import      ante de femmes, touche de plus en plus les tranches les moins âgées, du fait de la faible scolarisation qui les caractérise. C’est ainsi que l’incidence des maladies sexuellement transmissibles et le taux de prévalence au VIH/SIDA sont en constante évolution dans le milieu féminin. Par ailleurs, elles continuent de courir de grands risques en raison d’accouchements multiples dans des structures hospitalières inadaptées, surtout en zone rurale, de grossesses mal espacées  ou précoces.

Il est important de relever que le ministère chargé spécialement des questions de la femme entreprend des activités de formation et de sensibilisation pour éliminer la discrimination dont les femmes sont victimes et les inciter à se prendre en charge. Cependant, ces actions certes encourageantes demeurent insuffisantes car le combat pour l’égalité des femmes doit d’abord et avant tout promouvoir un changement de mentalité vis-à-vis de la société congolaise, en intégrant les hommes, principaux détenteurs des leviers décisionnels du pays, autant que la femme elle-même, qui opte souvent pour une attitude démissionnaire et résignée face aux exactions dont elle est l’objet.

Eu égard à ce qui précède et en vue d’améliorer l’accès des femmes aux droits, la RPDH recommande à l’Etat de :

Veiller à l’application des dispositions constitutionnelles relatives aux droits de la femme au Congo ;

Développer des politiques éducatives qui favorisent la formation des femmes dans tous les domaines d’activité afin d’accroître leur pouvoir d’action dans le pays ;

Promouvoir l’égalité des chances et la justice sociale entre les hommes et les femmes ;

Adopter un cadre juridique propice à la répression des violences faites à l’égard des femmes ;

Définir des politiques de santé appropriées, pour assurer une protection efficace des femmes contre les décès liés à l’accouchement, les maladies sexuellement transmissibles et le VIH/SIDA, par des moyens de prévention sûrs et par le renforcement de la gratuité des médicaments antirétroviraux ;

Lutter efficacement contre le phénomène de harcèlement sexuel en milieu professionnel, éducatif et estudiantin ;

Se conformer à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme,à la Convention des Nations Unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et aux dispositions nationales relatives au respect des droits économiques et sociaux, et des droits de la femme en particulier.

 

Fait à Pointe-Noire, le 08 Mars 2014

Le Bureau Exécutif

Contacts Presse : 

Franck Loufoua-Bessi, Responsable des Programmes : 242 05 550 45 20

Abdoulaye Sy, Assistant à la recherche : 242 05 528 44 59.

E-mail : rp.dh@laposte.net     Site web : www.rpdh-cg.org

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