ALERTE: MOKABI DAWA se confie

Mercredi 8 septembre assez tôt le matin, je reçois un coup de fil émanant du n°00 242 666 11 42 Un abonné du réseau MTN. Au bout du fil, la voix d’un homme qui se présente comme étant M. Philippe OBARA et qui demande à me rencontrer.

Je comprends tout de suite qu’il s’agit du colonel Philippe OBARA, le directeur général de la surveillance du territoire, DGST en sigle, l’ancienne sécurité d’Etat de sinistre mémoire.

Sans préciser l’objet de la rencontre, le colonel Philippe OBARA m’informe qu’il se trouvait encore à Luanda en Angola et souhaitait cette rencontre pour le vendredi 10 septembre, dès son retour à Brazzaville.
C’est finalement le samedi 11 septembre vers 10 heures qu’il me rappellera, avec le même numéro, pour une rencontre à son bureau.

Arrivé sur les lieux vers 11h30, je suis orienté vers le 2ème étage. Dans la salle d’attente occupée par son protocole, on me fait remplir une fiche d’audience pour m’annoncer.
Quelques minutes plus tard, au lieu de me recevoir, il m’envoie le colonel OBOUANDE, son directeur départemental pour la ville de Brazzaville.

Sur les pas de ce dernier, je ressors du bâtiment et traverse la rue. Le colonel OBOUANDE m’introduit dans un petit bâtiment d’aspect vieillot où se trouvent les bureaux du colonel BAYO, le directeur des services intérieurs de la DGST que rejoint quelques instants après le colonel NGAMPOULA, également des services intérieurs.

Rentrés le même jour d’une mission de service en Inde, alors que certains bagages traînaient encore à l’aéroport, les colonels BAYO et OBOUANDE diront avoir reçu l’ordre de m’interroger, toutes affaires cessantes, sur un e-mail portant en attachement un texte et des visuels sur l’affaire des Disparus du Beach.

Avec des versions différentes, cet e-mail avait été envoyé, respectivement les 5 et 6 septembre, au directeur de publication des Dépêches de Brazzaville, Jean Paul PIGASSE, et au directeur de la rédaction de Jeune Afrique, François SOUDAN.

Comment cet e-mail avait-il atterri sur la table des services spéciaux de la police ? Mystère !

Alors même que le texte et les visuels attachés à cet e-mail n’avaient pas été publiés par les médias précités ni par aucun autre, j’ai tout de même été accusé d’avoir attenté à l’ordre public, ce qui constituera d’ailleurs le motif principal de mon expulsion. Comme on dit, qui veut noyer son chien l’accuse de rage.

Le surréalisme de la situation ne s’arrête pas là. Après cinq heures d’interrogatoire serré sur mon identité, mes origines et mon parcours au Congo Brazzaville, l’audition s’est longuement focalisée sur mes sources d’information en matière politique.

Bien que rien de répréhensible ne m’ait été opposé, j’ai quand été arrêté sur ordre exprès du colonel Philippe OBARA.
Arbitrairement  privé  de  liberté,  je  serai  illégalement détenu du   samedi 11 au lundi 13 septembre avant midi dans les mêmes geôles où sont gardés, dans le plus grand secret, le chef des insurgés Enyelé, sa famille et ses principaux lieutenants.

Durant ces deux jours, j’ai vécu dans l’incertitude de mon sort, sans possibilité de contact téléphonique avec l’extérieur et avec une ration alimentaire de 1.000 FCFA/jour.

Enfin, lundi 13 septembre vers 11 heures, je suis extrait de ma cellule pour une expulsion à titre individuel à destination de Kinshasa pour « diffusion de fausses nouvelles ayant porté atteinte à l’ordre public et situation irrégulière de séjour ». Excusez du peu !
Les faits exposés ci-dessus montrent clairement que mon interpellation, mon arrestation et ma détention arbitraires à la DGST suivies de mon expulsion n’ont rien à voir avec une faute professionnelle, encore moins avec une quelconque atteinte à la sécurité de l’Etat.

Il s’agit assurément d’un terrorisme d’Etat aux relents xénophobes adossé à un abus de position dominante. Avec, au passage, la violation délibérée de la loi de 2001 sur la presse, appelée loi Ibovi, qui proscrit l’emprisonnement d’un journaliste dans l’exercice de son métier ou pour délit d’opinion.

Ce qui est arrivé confirme les menaces teintées de xénophobie proférées à mon encontre quelques mois plus tôt par le directeur général de la police nationale, le général Jean François NDENGUE.
Ce jour là, il m ’avait appelé assez tôt le matin et m’avait demandé de le retrouver à son bureau, sans autre précision.

Arrivé sur les lieux, je l’avais retrouvé avec M M. Germain Céphas EWANGUI, 3ème vice-président de la Commission nationale électorale (CONEL), membre du conseil supérieur de la magistrature et président de l’association panafricaine Thomas Sankara, une ONG des droits de l’homme et William BOUAKA, un pseudo activiste des droits de l’homme reconverti en politicien de salon.

Devant ces tristes personnages, le général NDENGUE me brandira un e-mail que j’avais envoyé à M. Frédéric THYSSE, le patron d’une société de sous traitance pétrolière spécialisée dans les travaux sous marins installée à Pointe Noire, SEASCAN3X.

Tiré sur papier, l’e-mail lui avait été remis par M. William BOUAKA, un ancien collaborateur de M. Christian MOUNZEO au sein d’une ONG des droits de l’homme de Pointe Noire, la RPDH, et qui avait trahi ce dernier pour des raisons pécuniaires en lui intentant un procès pour abus de confiance et faux et usage de faux.

Dans cet e-mail, j’expliquais comment William BOUAKA qui l’avait mis en contact avec le général NDENGUE, était lui-même était entré en contact intime avec ce dernier, de la même manière que Germain Cephas EWANGUI.

C’est-à-dire par nos soins, dans le but de les soutenir contre leurs collègues des autres ONG et aider la police à humaniser ses services.

Dans cet e-mail, mon crime aura été de dire que j’étais au courant de l’intervention faite par le général NDENGUE en faveur de M. Frédéric THYSSE pour sécuriser ses affaires menacées par son ancien employeur devenu concurrent, le patron de la société TAURIUS à Pointe Noire.

Cette intervention, faite après une rencontre à OBOUYA entre le général NDENGUE et Frédéric THYSSE coaché par William BOUAKA et Me Lionel KALINA, son avocat pour le compte du cabinet Petro, avait donné lieu, à titre compensatoire, à un arrangement secret pour la rémunération des bons et loyaux services rendus et dont la partie visible fut la nomination de M. William BOUAKA en qualité de « directeur des affaires » à SEASCAN3X.

Sur la base des confidences faites à l’époque par William BOUAKA lui-même, j’avais également signalé dans cet e-mail comment le général Jean François NDENGUE se serait approprié son projet de création d’une société de transit à Pointe Noire pour laquelle il sollicitait un crédit d’impôt de 300 millions de F.CFA.

Après lui avoir demandé de lui fournir toute la documentation à ce sujet, le général NDENGUE avait lui-même monté sa société de transit à Pointe Noire en nommant à la tête de l’entreprise son fils Lilian NDENGUE.

Soutenu par ses deux acolytes Germain Céphas EWANGUI et William BOUAKA, le général NDENGUE m’avait proféré des menaces xénophobes en me qualifiant de « dangereux ».

Malgré la pression mise par EWANGUI qui estimait le crime commis par ce mail « irréparable », je suis sorti de cette situation délicate grâce à de plates excuses et une sévère mise en garde contre la « vie privée des gens ».

A l’époque où le général Jean François NDENGUE était intervenu en faveur de M. Frédéric THYSSE, le colonel Philippe OBARA était le directeur départemental de la DGST à Pointe Noire. Pendant les quelques mois où le général NDENGUE a assumé l’intérim du DGST, cumulativement à ses fonctions de DGPN, il a donc été le supérieur hiérarchique direct du colonel Philippe OBARA.
Or, toujours les confidences de l’époque de M. William BOUAKA, le colonel Philippe OBARA serait un obligé du général NDENGUE à qui il doit son poste actuel.

En clair, le colonel Philippe OBARA n’a rien à refuser à son mentor, y compris des basses œuvres comme le règlement des comptes privés avec un journaliste jugé « dangereux » pour ses intérêts privés…

Voilà, en quelques lignes, le récit de mon arrestation et ma détention arbitraires à la DGST suivies de mon expulsion après 12 ans de séjour ininterrompu dans le cadre d’une activité exercée paisiblement et au grand jour.
Les dessous des cartes de cette affaire sont l’affairisme, la malhonnêteté et l’abus de position dominante du général Jean François NDENGUE, un homme qui n’en est pas, hélas, à son premier ni dernier forfait contre la loi et les libertés.

Comme tant d’autres aventuriers dans les hautes sphères de l’Etat, sous prétexte de servir le Président de la République, le général NDENGUE a privatisé les services de police pour en faire un outil de règlement des comptes à caractère privé.

Fait à Kinshasa, le 26 septembre 2010
Prosper ,
Journaliste, fondateur et directeur du journal LE COQ,
En ligne www.sosolecoq.net

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