Paix et Droits de l'homme

Combattre l'injustice et l'arbitraire pour construire la Paix

Cinquante ans d’indépendance: Quelle place pour les Droits de l’Homme en république du Congo?

Brazzaville-Pointe-Noire, 15 Août 2010, au moment de la célébration du Cinquantenaire de l’Indépendance du Congo, la Rencontre pour la Paix et les Droits de l’Homme (RPDH) et la Commission Diocésaine Justice et Paix de Pointe-Noire constatent que le droit au développement, le droit de participer et de contribuer au développement économique, social, culturel et politique ; la souveraineté sur les richesses et les ressources naturelles, l’égalité des chances et la création de conditions favorables à la jouissance des autres droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, demeurent préoccupants pour la majeure partie des congolais. Bien que quelques avancées ont été réalisées, notamment avec l’instauration de la démocratie dans les débuts des années 1990, l’émergence de la société civile, sans éluder le débat sur la bonne gouvernance, sur les questions sur la transparence des revenus pétroliers, sujet autre fois tabou, l’engagement des programmes de lutte contre la corruption, etc; force est de constater que néanmoins pour le prochain cinquantenaire, des défis importants restent encore à relever. En effet, les Cinquante (50) ans d’Indépendance en République du Congo, ont été marqués par des luttes intestines de conquête du pouvoir sans objectif réel de développement, liberté, démocratie et bonne gouvernance !

Depuis 1960, les Gouvernements successifs du Congo n’ont pas réussi à traduire le riche potentiel économique du pays en une amélioration sensible des conditions de vie de la population. Aujourd’hui 50 à 70% de la population congolaise vit en dessous du seuil de pauvreté, indépendamment des ressources naturelles dont possède le pays : pétrole, bois, fer, or, diamant, magnésium…
Malgré les discours politiques au-delà des régimes, en 50 ans d’accession à la souveraineté, le bilan du Congo reste mitigé, voire négatif : Absence d’un réel projet démocratique, dans la plupart des cas, les congolais n’ont pas toujours eu la possibilité de choisir librement leurs propres dirigeants [1], les diverses alternances dans le pays résultant généralement des coups d’Etat politiques et constitutionnels à répétition. De nombreux assassinats, de leaders politiques et religieux, sont à déplorer durant cette période ; ainsi que des luttes de pouvoir soldées par des guerres tribales et ethniques, d’exécutions sommaires et arrestations arbitraires, Absence d’une justice libre, indépendante et l’impunité, Insécurité du statut de l’opposition et des défenseurs des droits de l’homme, fraudes électorales, pratique de la torture, tout ceci a sérieusement limité l’accès des populations aux droits et
libertés.
D’autre part, en dépit des potentialités économiques importantes du pays, on note que les congolais n’ont toujours pas accès, à des soins de santé de qualité, ce qui freine considérablement leur jouissance des droits économiques et sociaux : Le pays est incapable à ce jour de mettre à la disposition de sa population des services de santé couvrant les besoins sanitaires ; le taux de couverture en eau potable ne dépassant pas 40% sur toute l’étendue du territoire national, malgré le potentiel hydraulique du pays ; 41% de la population demeure sous alimentée en 2010 [2].
Pays à vocation pourtant agricole au regard de la richesse de son sol et de l’abondance en eau, la République du Congo dépense chaque année, selon les données de la FAO [3], environ 120 milliards de francs CFA en importation de denrées alimentaires. Malgré un taux de scolarisation particulièrement élevé, le pays peine encore à garantir un bon niveau de performances éducatives et scolaires à la population. L’école congolaise souffre notamment de sous-équipement et d’insuffisance chronique en personnel enseignant. En cinquante ans, le pays ne compte qu’une seule Université publique mal équipée, aux capacités d’accueil insuffisantes et aux formations inadaptées au marché de l’emploi. Le niveau du chômage estimé à 19, 4% , la catastrophique situation de l’emploi, le niveau élevé du cout de la vie, le faible niveau des rémunérations, l’absence d’un environnement sain et viable n’ont pas permis à l’ensemble de la population de vivre dans la dignité et le bien être.
En cinquante ans d’Indépendance, force est d’admettre que l’Etat congolais a failli à son obligation de respecter, de protéger et de mettre en œuvre de façon effective les droits à la santé, à l’eau, au logement, à un environnement sain, à une nourriture suffisante, au travail, à l’éducation, en raison notamment de la mauvaise gestion des entreprises publiques, de la mise en œuvre de politique socio-économiques et éducatives inadaptées, de programmes d’ajustement structurel engagés dans les années 80, de guerres civiles et destructives, de corruption et de mauvaise redistribution des richesses nationales.
Le pays bénéficie actuellement d’un programme d’annulation de sa dette, depuis l’atteinte en ce début d’année 2010 au point d’achèvement de l’Initiative Pays Pauvre Très Endetté (PPTE). De nombreuses attentes ont vu le jour au sein de la population, s’agissant notamment du projet de réduction de la pauvreté. Les craintes actuelles s’articulent autour du réendettement de l’Etat envers des partenaires nouveaux comme la Chine ; ré-endettement exempt de transparence notamment dans la gestion des fonds alloués et dans les conditions de remboursement de ces emprunts. La RPDH et la CJP s’interrogent sur l’opportunité des dépenses importantes de souveraineté face à une situation sociale préoccupante, signe d’une faiblesse dans le choix des priorités. [4].

La RPDH et la CJP estiment qu’au-delà des festivités, l’année 2010 devrait permettre de susciter la réflexion sur les stratégies de prévention des violations des droits civils, politiques, économiques et sociaux qui ont caractérisé les 50 ans de l’indépendance du Congo.
La RPDH et la CJP réaffirment que le droit au développement est un droit inaliénable de l’homme et l’égalité de chances en matière de développement est une prérogative aussi bien des nations que des individus qui les composent ; à ce titre, le citoyen congolais doit jouir de ce droit dans le contexte du cinquantenaire à venir.
Au regard de ce qui précède, les deux organisations recommandent au gouvernement de:

  • Susciter une réflexion nationale qui pourrait déboucher sur l’adoption d’une stratégie durable et citoyenne pour trouver des alternatives au sous développement, la pauvreté et la mal gouvernance au Congo ;
  • Projeter le développement dans les 50 décennies avenir, en accordant une attention égale et en s’intéressant d’urgence à la mise en œuvre des droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels ;
  • Promouvoir les valeurs favorables au développement, aux libertés fondamentales, à la démocratie et à la bonne gouvernance ;
  • Respecter les engagements internationaux du Congo en mettant en œuvre les dispositions des pactes et conventions librement ratifiés par le Congo.

Pour la RPDH

Christian MOUNZEO
Tél: +242 595 52 46

Pour la CJP

Brice MACKOSSO
Tél: +242 557 90 81

 

Notes :
1] Excepté les élections présidentielles de 1992, unique scrutin jugé libre, indépendant et démocratique, de l’histoire du pays.
2] Données issues du Ministère de la santé et de la population ; Statistiques du Programme Alimentaire Mondial (PAM), en février 2010.
3] Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO).
4] Journal Jeune Afrique, du 30 Mai 2010. Pour la célébration du cinquantenaire, le Gouvernement congolais a engagé près de 17 milliard de FCFA pour les festivités et l’achat de voitures de grand luxe, d’après le responsable des ventes Afrique du groupe DAIMLER, cent trente deux (132) MERCEDES haut de gamme auraient été vendues aux Gouvernements congolais, gabonais et camerounais dont 67 Mercedes(classe E et classe S) pour le seul gouvernement du Congo

 

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